par Elizabeth Pineau
PARIS, 2 juillet (Reuters) - Malgré les retards pris, Londres ne veut pas abandonner le programme de construction de l'avion européen de transport militaire A400M conçu par Airbus, filiale d'EADS , assure l'Elysée.
Pour la présidence de la République française, il serait beaucoup plus coûteux d'abandonner que de poursuivre ce projet-phare de la construction de l'Europe de la défense.
Ce programme européen, évalué à 20 milliards d'euros, a déjà plus de trois ans de retard.
Le sujet sera abordé lundi lors du sommet franco-britannique d'Evian (Haute-Savoie), où le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown seront accompagnés par leur ministre de la Défense respectif, Hervé Morin et Bob Ainsworth.
"Les Britanniques souhaitent-ils sortir du programme ? La réponse est non", a déclaré jeudi un conseiller de la présidence française. En ces temps de crise, "les budgets de défense sont soumis à des contraintes fortes", a-t-il expliqué. "Nous devons hiérarchiser nos priorités et en même temps nous constatons que le Royaume-Uni et la France ont besoin d'avions de transport et qu'il faudra les acheter de toutes façons".
L'Elysée relève que le coût de l'abandon serait nettement supérieur au coût de la poursuite de l'"ambitieux" programme A400M.
"Il faudrait additionner le coût de l'abandon pour les industriels, et donc pour les Etats qui sont les actionnaires de l'entreprise, plus le coût de l'achat des avions dont on a besoin et qui par hypothèse ne seraient pas fournis par EADS", note-t-on.
Le Royaume-Uni a un besoin moins urgent que la France de ces appareils "mais tous savent que dans la durée il faut renouveler le parc", poursuit-on de même source.
"LA SAGESSE, C'EST DE POURSUIVRE"
Les sept pays européens impliqués dans le projet de l'A400M ont décidé le 22 juin de reporter d'un mois supplémentaire leur décision sur cet avion de transport militaire.
Le moratoire de trois mois arrivait à son terme fin juin.
La France et l'Allemagne ont réaffirmé ces dernières semaines leur soutien à l'A400M tout en demandant un nouveau moratoire de six mois sur la décision de poursuivre ou non le projet, afin de disposer du temps nécessaire pour négocier.
La Grande-Bretagne, qui réclame pour sa part des concessions financières, a brandi la menace de son retrait.
"On est tous arrivés à la même conclusion de sagesse, c'est de poursuivre cette grande entreprise", assure l'Elysée, qui juge "difficilement concevable que l'Europe de la défense se construise sans qu'on ait la capacité de se doter d'un avion européen de transport militaire".
Selon le conseiller de l'Elysée, les discussions, "qui se déroulent dans un esprit de convergence sur l'ambition" mais dans un contexte "de difficultés de répartition de la facture financière", ont peu de chance d'aboutir dans un futur proche.
"Faut-il un mois, trois mois, six mois ? C'est précisément l'objet de la discussion", dit-on.
La Grande-Bretagne a commandé 25 des 180 appareils A400M du programme.
Les sept pays partenaires du projet sont l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Belgique, le Luxembourg et la Turquie.
Quant au projet de construction d'un porte-avion franco-britannique, "il n'est pas dans l'actualité immédiate", selon l'Elysée, qui ajoute que "du fait des contraintes budgétaires, chacun constate qu'il faut donner du temps au temps". (Édité par Sophie Louet)